Tchad : Le vieil homme et la gomme arabique

Auteur 3 mars 2014 1
Tchad : Le vieil homme et la gomme arabique

A 85 ans, Abdoulaye Djonouma n’a pas encore pris sa retraite. L’ancien ministre tchadien et actuel directeur de la Société commerciale du Chari et du Logone (SCCL) n’a pas fini de se battre pour faire prospérer son entreprise de production de gomme arabique.

Son nouveau défi, mettre en place une unité de transformation de la gomme arabique en poudre. « Il nous faut un atomiseur : cela permettra de diminuer la gomme en poudre propre, et nous pourrons ainsi augmenter nos marges et créer davantage d’emplois », explique-t-il au cours d’un rencontre avec le journal Jeune Afrique. En effet l’absence d’unité de transformation est un gros handicap pour la société tchadienne qui pourrait en transformant la gomme à la source augmenter considérablement ses marges en multipliant par 10 le prix de vente au kg (aujourd’hui de 1 dollar).

Ancien haut fonctionnaire

C’est à la fin des années 1970 qu’Abdoulaye Djonouma, ancien haut fonctionnaire tchadien, décide de créer son entreprise, la SCCL, après une carrière réussie dans l’administration publique. Formé à l’Ecole nationale de la France d’outre-mer (Enform, aujourd’hui intégrée à l’ENA), il fut tour à tour ministre de l’Aménagement du territoire, des Travaux publics, des Mines et de la Lutte contre la sécheresse, et entrepreneur au sein de sociétés d’Etat.

Alors qu’il travaille pour des organismes publics lui vient l’idée de ce projet. En effet, ces organismes répondent à de grosses commandes de gomme arabique. Or à cette époque, au Tchad, peu de gens savent que la gomme arabique est utilisée dans les sodas et la cosmétique, et représente donc un marché très prometteur. Abdoulaye Djonouma, lui, le pressent, il démissionne et crée sa compagnie, la SCCL.

Des débuts difficiles

L’entreprise peinera à démarrer. En effet, malgré sa réputation et l’aura dont il jouit, l’ancien ministre doit se battre pour trouver des financements. L’entreprise ne démarrera donc vraiment son activité qu’en 1983. Aujourd’hui l’entreprise emploie 300 personnes en direct et fait travailler indirectement un réseau de 500 000 travailleurs. Ses revenus annuels sont de près de 2 milliards de F CFA (environ 3 millions d’euros). Parmi ses clients, la SSCL compte notamment des grandes marques comme Coca-Cola, ou la société pharmaceutique UPSA.

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Deuxième exportateur de gomme arabique

Au cours d’un patient travail, l’homme d’affaire a réussi à faire de son pays le deuxième exportateur de gomme arabique après le Soudan. La gomme arabique provient de l’acacia, et les zones de collecte sont localisées le long de la bande sahélienne qui traverse le Tchad. Des collecteurs qui remontaient la gomme jusqu’à l’entreprise. « Puis, au fil du temps, il a fallu aller sur le terrain pour montrer aux paysans comment saigner l’acacia pour recolter la gomme », explique Abdoulaye Djonouma. Puis les populations locales réalisant l’intérêt économique de ce produit, il a fallu encadrer et structurer les paysans en groupements par village pour éviter les conflits.

L’année 2013 a été une année moyenne avec un peu moins de 20 000 tonne, pour l’ensemble des huit exportateurs tchadiens de gomme arabique, dont 3 000 tonnes pour la SSCL. « Cela nous interpelle sur la nécessité de transformer la gomme sur place en respectant les exigences de qualité » Abdoulaye Djonouma, qui une fois de plus peine à obtenir des crédits.

Mais le vieil homme n’a pas dit son dernier mot, et croit à son projet et au développement de la filière au Tchad. Et il continue sans relâche à œuvrer pour parvenir à ses fins.

Un commentaire »

  1. Phil17 mars 2014 at 0 h 29 min - Reply

    Un aspect méconnu de l’économie africaine.

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